Une patiente de 23 ans, étudiante en thèse en pharmacie, consulte son médecin traitant en urgence pour douleurs thoraciques avec sensation d’oppression et gêne respiratoire.
Cas clinique
- Jeudi 11h30, une patiente de 23 ans, étudiante en thèse en pharmacie consulte son médecin traitant en urgence pour douleurs thoraciques avec sensation d’oppression et gêne respiratoire. Le médecin lui recommande une hospitalisation immédiate, téléphone pour avoir un véhicule du SMUR, en position allongée avec oxygénation, et écrit un courrier détaillé destiné aux urgences : « Cher ami…oppression thoracique avec impossibilité de se remuer et de tenir sur ses membres inférieurs ou de se remuer (surtout le tronc), douleurs pour se retourner ou se tourner, ECG sub normal à part une transition V5…..je vous la confie…suspicion d’embolie pulmonaire ou de péricardite ».
- Jeudi 13h00, la patiente arrive aux urgences et est prise en charge par le médecin urgentiste, chef du service des urgences. Le compte rendu des urgences précise : « malaise en position debout avec chute sur les fesses, sans PCI. ATCD : anémie traitée, contraception par Diane, Traitement en cours : VERATRAN (anxiété) à la demande. Les constantes relevées ne décèlent pas d’anomalie : TA : 107/68, pouls 52/min, Saturation à 100 %. L’ECG est en rythme sinusal. L’auscultation pulmonaire, cardiaque, l’examen des mollets sont normaux ». (Elle ne fume pas, il n’est pas fait mention de malaises répétitifs).
- L’urgentiste prescrit un examen biologique avec détermination du taux des D Dimères, effectué vers 15h00.
- Jeudi vers 18h00, la patiente est finalement autorisée à sortir, avec la conclusion que ses examens sont normaux et qu’il pourrait s’agir d’une carence en fer (du fait d’une anémie hypochrome avec «bilan ferrique limite et fer en limite inférieure de la normale et un coefficient de saturation diminué » (d’après le mémoire d’un avocat, le résultat d’analyse n’étant pas connu dans nos pièces) et le diagnostic de « malaise ».
- Vendredi, le lendemain en soirée, la jeune femme est victime des mêmes malaises, appel au 15 qui envoie un médecin généraliste sur la base du diagnostic rassurant posé la veille aux urgences. Arrivé sur place, le médecin constate un tableau de détresse qui conduit à un arrêt circulatoire. Le SMUR est alerté et part à 22h45 pour arriver sur le domicile à 23h09 et évacuer la patiente vers la clinique la plus proche.
- En dépit des manœuvres de réanimation, de plus de 2h00, la patiente décède dans une clinique, dans la nuit du vendredi au samedi.
- Prévenu par le médecin du SAMU, le médecin urgentiste suggérait à celui-ci de ne pas signer le certificat de décès.
- L’autopsie conclut à un décès par « embolies pulmonaires multiples, sans caillot dans les artères pulmonaires, ce qui s’expliquerait par la fragmentation lors du massage cardiaque ; en anatomie pathologique, atteintes récentes et anciennes faisant évoquer un possible trouble constitutionnel de coagulation ».
- Lenquête révèlera que les résultats demandés mais non consultés par l’urgentiste le jeudi avaient confirmé la suspicion du médecin généraliste, à savoir que le taux de D Dimères était très élevé (4262 ng/ml) soit huit fois supérieur à la normale.
Une triple procédure, administrative, ordinale et pénale est diligentée.
- Le dossier est saisi, sans que le médecin en ait la copie.
- Dans un de ses mémoires devant le Conseil National de l’Ordre, suite à l’appel de la décision par le médecin, la famille écrit : « je ne peux que ressentir particulièrement durement l’exercice de ce recours qui est une nouvelle fois le signe du comportement de ce praticien qui est à l’origine, pour moi et ma fille survivante, de tant de peines et qui cherche ainsi à fuir ses responsabilités ».
Source: newletter La Prévention Médicale (www.prevention-medicale.org)
