Dormir avec son enfant est-ce bien ?

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Un certain nombre d’enfants dorment avec leur maman. Parfois seulement lorsque le papa n’est pas là pour la nuit, d’autres fois parce que le papa n’est plus là du tout… parfois même le papa dort tout seul dans une autre chambre, laissant sa place au « petit ».

Jusqu’à quel age un enfant peut dormir avec sa mère ? Parce que le mien, il ne veut plus dormir tout seul...

Un enfant ne devrait pas dormir avec sa mère. Ceci dit, il n’est pas traumatisant pour un enfant de dormir avec sa mère… de temps en temps… Toutes les nuits ? Oui, toutes les nuits… Et il ne veut pas dormir seul ? Non, jamais, c’est plus possible.

Je m’enquiers alors Mais ça dure depuis combien de temps ? Et la maman de répondre ça va faire 13 ans. J’apprends alors que son fils a 17 ans (oui, dix-sept ans !) et que tout cela a commencé le jour du décès du papa.

Lorsqu’on a 4 ans et que l’on vient de perdre son papa, lorsqu’on est la maman de cet enfant et qu’on vient de perdre son mari, il est normal de ne pas vouloir rester seul, il est normal de se consoler mutuellement en dormant ensemble. Ça peut durer quelques jours, une semaine peut-être. Mais 13 ans !

En fait, cette maman n’avait jamais pu se résoudre à dire à son fils, après quelques jours, voire quelques semaines, qu’il était temps pour lui de regagner sa chambre. Par peur de lui faire du mal, par peur d’ajouter de la souffrance à la souffrance déjà présente. Ce faisant -ou ce ne-faisant-pas-, elle a gravement atteint au bon développement de son enfant, et au sien aussi sans doute…

Ce petit garçon de 4 ans a non seulement remplacé son père dans le lit de sa mère, mais aussi dans la vie de sa mère, hypothéquant du même coup la vie de femme de sa mère, qui n’a jamais pu, on s’en doute, « refaire sa vie », comme on dit.

Ce petit garçon, à 4 ans, s’est trouvé face à une réalité terrible, la mort de son papa, de plus à une époque de sa vie où, comme tous les petits garçons, il fantasmait le désir de tuer son père pour lui prendre sa femme… La rencontre du désir et de la réalité !

Que ce décès l’ait plongé dans une angoisse démesurée est normal, mais que la maman ait donné prise à cette angoisse est terrible ! L’adulte n’a pas su, dans cette histoire, poser les limites, poser les règles et dire les choses. La maman, par son acquiescement au souhait de son fils, lui a peut-être même laissé entendre qu’elle désirait la même chose (la mort du père)…

Son garçon, à 17 ans, ne va pas bien : Résultats scolaires très médiocre, désintérêt scolaire, pas de vie sociale, aucun intérêt pour les filles, timidité maladive, comportement agressif envers la mère (il est cruel avec moi , dit-elle)… et impossibilité pour lui d’envisager la quitter, ne serait-ce qu’en dormant dans sa chambre à lui…

L’affection, la détresse, la crainte de faire mal et faire du mal, la peur de rester seule, la souffrance… et une méconnaissance totale des conséquences à long terme de tels comportement avaient fabriqué un couple mère-fils fusionnel, magiquement lié, emprisonnant, emprisonné, et finalement destructeur…

Toutes les histoires d’enfants qui dorment avec leur maman ne sont pas aussi dramatiques, mais elles indiquent toutes, si cet état de fait est régulier et fréquent, une distorsion du lien père-mère-enfant. J’ai reçu la semaine dernière un homme en larmes me racontant que son petit garçon de cinq ans dormait avec sa femme (sa mère, pour le petit) au prétexte qu’il ne pouvait pas dormir seul… et qu’il ne savait pas comment revenir à une situation normale… On n’a pas fait l’amour depuis des mois, se lamentait ce jeune papa.

Que laisse-ton s’installer ainsi ? Et pourquoi ? Pourquoi cet homme ne s’est-il pas autorisé à dire à son petit Cette femme-là, c’est la mienne, pas la tienne. Cette femme-là, c’est ta mère, pas ta femme. C’est à l’homme, au père, de signifier cela à son fils… et à la mère de l’accepter…si c’est avec son homme qu’elle veut former un couple !

Le jeune enfant, garçon ou fille (avec des problématiques différentes), qui est de fait autorisé par les adultes… à séparer les parents jusque dans leur intime intimité, ne peut que développer un sentiment de toute puissance, mais aussi, ce qui est tout aussi destructeur, un fort sentiment de culpabilité…

Je n’ai pas dit / écrit que c’était dangereux de dormir avec son enfant / sa mère / ses parents. Je dis seulement que lorsque c’est fréquent, habituel, et dans un âge avancé pour l’enfant, cela pose ou du moins peut poser problème.

Mais câlin du dimanche matin n’a jamais fait de mal à personne !

Comme dans tout comportement, c’est le « trop » qui est important de souligner. Et le pourquoi important à entendre. Ce que je souligne, en réponse par exemple à petit scarabée (Quel sens ça a ? Fuite ? Crainte de se retrouver seul(e) avec l’autre ? Impossibilité de se séparer de son petit ? …), c’est que certains comportements méritent que l’on se questionne… si des conséquences fâcheuses peuvent suivre…

On ne peut présager de la portée de nos comportements quotidiens, par contre, on peut parfois penser les conséquences des comportements « trop », des comportements débordants, ou habituels.

Ainsi, le danger de dormir avec son enfant toutes les nuits, trop souvent, tard dans la vie de l’enfant… est celui de la dépendance… Et je ne parle pas là du danger du passage à l’acte (désiré, vécu, ou fantasmé) sur le plan sexuel.

La psychanalyse nous a éclairé sur les désirs du jeune enfant envers son père et / ou sa mère. Si ces désirs ne sont pas contenus et canalisés par les comportement des parents, l’enfant peut avoir l’illusion de les vivre, ou du moins qu’il existe une possibilité de les vivre (c’est ce qu’on appelle le passage à l’acte)…

Bien sûr, l’histoire de cette maman dormant avec son fils de dix-sept ans est extrême, mais ce que j’ai voulu souligner, c’est que cette « aventure » démarre d’une manière banale à 4 ans. Nous sommes, parents, parfois prisonniers pendant longtemps d’une porte ouverte un soir de lassitude, de colère, de peur ou de souffrance… (et nous emprisonnons nos enfants par la même occasion).

A nous, adultes, de savoir la refermer avant qu’il ne soit un peu tard et que s’installe une habitude !

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