Dire à son enfant qu’il attend un frère ou une soeur

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J’interviens régulièrement dans des crèches, haltes-garderies, lieux d’accueil parents-enfants, que ce soit auprès des équipes, pour ce que l’on appelle des supervisions ou analyses de pratique, ou que ce soit auprès des parents, sous forme de groupes de parole ou de permanences pour des entretiens individuels…

C’est une activité qui me plait bien, parce qu’elle est auprès des gens, en prise directe avec la réalité quotidienne des éducateurs de jeunes enfants, puéricultrices et parents…

Je ne rencontre pas les enfants, mais ils savent que je fais partie de l’équipe -ou des meubles-, lorsque, absence d’entretiens aidant, je suis simplement là avec eux, en observateur silencieux.

Pendant mes «permanences», je suis là, simplement là, à disposition des parents. Parfois ils prennent rendez-vous, parfois non, tentant leur chance en pensant qu’on ne sait jamais… et ils viennent, souvent réticents au début lorsque j’arrive dans un nouveau lieu, puis plus confiants et plus légers lorsqu’ils comprennent que je suis simplement à leur disposition.

 Il y a quelques temps, j’ai reçu une maman, enceinte jusqu’au cou -pardonnez l’expression-, venue me parler de sa petite fille de deux ans qui, depuis quelques semaines, ne mange plus, ne dort plus, a l’air triste, bref, qui en quelques semaines est passée de la gaité à l’ennui, de la tranquillité à l’inquiétude, et de la joie de vivre à la tristesse…

  • Moi : C’est pour quand, l’accouchement ?
  • Dans moins d’un mois.
  • Moi : Et votre petite, elle le sait ?
  • Ben non, pas encore, on ne lui a pas encore dit.
  • Moi : ????
  • On ne sait pas comment lui dire, on a peur de lui faire de la peine, qu’elle nous en veuille…
  • Moi :  Elle vous en veut peut-être surtout de ne rien lui dire.
  • Vous croyez ?

Ben tiens que je crois ! Voilà une gamine de deux ans, qui voit sa mère tous les jours, qui voit sa mère s’arrondir, j’imagine ses parents parler de la naissance, y compris avec d’autres, de la famille ou pas, et à elle on ne lui dit rien ?

  • Moi : Ça doit être bien grave, ce qui vous arrive, pour qu’elle soit tenue au secret.
  • Mais elle peut pas comprendre !
  • Moi : Comprendre quoi ? Que vous attendez un bébé ? Comprendre, je ne sais pas, mais savoir oui…

J’ai conseillé à cette maman d’en parler le soir-même à sa fille, en présence du papa si possible, de lui expliquer aussi qu’ils n’en avaient pas parlé avant parce qu’ils ne savaient pas comment faire…

La semaine d’après, la petite est venue me voir dès que je suis entré dans la crèche, et s’est mise à hurler en courant vers moi… Vais avoir un bébé, vais avoir un bébé…, toute contente et apaisée que sa maman et son papa l’ait enfin -enfin !- mise au courant du grand évènement qui se préparait… Il était temps, son petit frère est né dans la nuit qui a suivi !

On ne sait pas trop ce que les enfants comprennent à cet age. Ce que l’on sait, c’est qu’il comprennent beaucoup plus de choses que nous le pensons, nous, adultes. Ce que l’on sait, c’est qu’ils ressentent, qu’ils sentent, qu’ils voient, et qu’ils pensent, et que lorsqu’ils ne comprennent pas, le mieux c’est de leur dire tout simplement les choses. La venue d’un petit frère ou d’une petite soeur est un bel évènement s’il en est du désir des parents, ce n’est pas une catastrophe  pour l’enfant déjà là, même si, et c’est bien normal, ça le bouscule dans ses habitudes, ça réveille ou peut réveiller ses craintes d’abandon ou de rejet… D’où la nécessité de lui dire les choses !

Il en va de même pour tous les évènements de la vie : Séparations, divorce, décès, déménagements, chômage, etc… L’enfant qui traverse, au travers de ses parents ou de sa famille proche, des évènements douloureux ou joyeux-mais ça on a moins de mal à les partager), a le droit de savoir ce qui se passe autour de lui et qui le concerne. Surtout si la non-compréhension des choses amène chez lui trouble et désarroi. Même à deux ans ! Et même plus jeune ! Et s’il fallait encore en rajouter, j’ajouterais que un enfant en veut souvent davantage à ses parents de lui cacher l’important que de le lui dire, même si parfois c’est douloureux.

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